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Science politique. Un 3e parti « progressiste » est-il possible aux Etats-Unis ?
Jean-Paul Baquiast 08/09/2016

Par progressiste, nous entendons un parti qui, sans se revendiquer socialiste au sens européen et moins encore d'extrême-gauche, rassemblerait tous les électeurs ne trouvant pas dans les actuels partis démocrate et républicain, la défense de la culture dite de gauche libéral (left-liberal culture) qui leur permettrait de s'opposer, tant sur le plan des idées qu'en ce qui concernerait l'action politique quotidienne, à l'écrasante domination de Wall Street, de Washington et du Pentagone.

La montée inattendue lors des primaires démocrates de Bernie Sanders, soutenu semble-t-il par des millions de votes provenant tant de la jeunesse que des couches « défavorisées » c'est-à-dire écrasées par les intérêts du capitalisme financier, a pu le laisser penser. De son côté, dans le parti républicain, Donald Trump tire une partie de son soutien de milieux sociaux un peu différents, mais également défavorisées, « petits Blancs » souffrant directement de la désindustrialisation et de l'ouverture à la concurrence provenant des filiales de firmes américaines installées en Asie. On observe également un début de montée en puissance des « Greens », que représente Jill Stein.

Concernant Bernie Sanders, on sait ce qu'il est advenu avec son ralliement à Hillary Clinton, qui représente directement les puissantes forces financières et politiques contre lesquelles pensaient pouvoir s'opposer les soutiens de Sanders. Nul ne peut dire aujourd'hui vers quelles autres solutions politiques se tourneront ces électeurs. En ce qui concerne Donald Trump, à supposer qu'il soit élu à la Maison Blanche, on peut craindre qu'il y oublie ses promesses sous les pressions d'un establishment qui ne lui laissera aucun répit tant qu'il ne se sera pas rallié aux politiques actuelles, au plan national et international. Le POTUS en effet est loin de faire ce qu'il veut. Il devient vite de facto, comme l'est aujourd'hui Obama, le meilleur agents des 1% de dominants qui font la loi, tant aux Etats-Unis que dans le monde dit occidental.

Nouvelles opportunités pour un Tiers Parti

Aujourd'hui cependant, de plus en plus de voix aux Etats-Unis s'élèvent pour affirmer qu'un troisième parti de gauche serait possible et pourrait proposer, voire faire appliquer des politiques de « gauche-libérale » qui changeraient de façon significative le visage et le rôle des Etats-Unis, aussi bien en interne que dans le monde.

L'histoire des Etats-Unis a montré le rôle important joué par des tiers partis, notamment au plan municipal et des comtés. Se qualifiant de « Populists » à la fin du 19e siècle, et de « Socialists » au début du 20e siècle, ils ont pu faire progresser des réformes que refusaient les milieux industriels: abolition du travail des enfants, limitation des heures de travail, impôt minimum sur le revenu entre autres. Au plan institutionnel ils ont pu imposer le suffrage universel et l'élection des sénateurs à ce suffrage. Bien d'autres réformes aujourd'hui devenues propres à ce que l'on peut encore nommer la démocratie en Amérique ont de même été imposées par ces tiers partis.

Plus récemment, la « Progressive Coalition » menée par Bernie Sanders à Burlington, Vermont a pu faire imposer une série de réformes sociales et syndicales refusées ailleurs aux Etats-Unis. Les Greens de leur côté ont pu faire élire un milliers de représentants locaux, mais également au niveau des institutions politiques des Etats fédérés. Le cas le plus connu est celui de Gayle McLaughlin à Richmond, Californie. Elle en est devenu maire en 2006, réélue depuis, contre un candidat du parti Démocrate. ,Elle s'y est opposée, jusqu'à la fin de son mandat en 2014, à l'écrasante domination de la Chevron Corporation. Elle a imposé à celle-ci différentes concessions sociales substantielles. Aujourd'hui, elle appartient à la majorité « progressiste » administrant la ville de Richmond.

D'autres cas analogues peuvent être observés, notamment à Seattle, longtemps dominée par les Démocrates, où une certaine Kshama Sawant, se revendiquant du mouvement Socialist Alternative, a pu se faire élire et mettre en place différentes réformes en matière de droit social et du travail.

Ces quelques exemples ne suffisent pas à démonter la possibilité pour qu'un Tiers parti suffisamment influent se constitue et puisse s'opposer avec succès à la domination des oligarchies démocrates et républicaines. Il faudrait que puissent émerger au plan fédéral des personnalités provenant des Greens et autres mouvements se revendiquant des objectifs abandonnés par le sénateur Sanders mais apparemment plus demandés que jamais par l'électorat compte tenu de l'aggravation de la crise frappant l'Amérique travailleuse.

En son temps, c'est ce que Ralph Nader avait su faire, se donnant une stature internationale. Peut-on attendre ceci de Gayle McLaughlin et de Kshama Sawant, elle-même plus jeune et surtout pouvant se dire, étant d'origine indienne, comme représentant les minorités raciales? C'est peu probable pour le moment. La présidente des Greens, Jill Stein, serait certainement plus en mesure de le faire. Mais voudra-t-elle s'engager à fond en ce sens, comme cela serait nécessaire?

Assez curieusement, et sauf mauvaise information, on n'en voit guère apparaître en provenance de l'électorat afro-américain et moins encore latino-américain, pourtant en passe de devenir à eux deux démographiquement majoritaires. L'exemple d'Obama les a-t-il persuadés qu'aucun candidat ne pourrait s'imposer sans être dès le début l'otage de l'establishment?

On peut cependant penser que les personnalités nommées ci-dessus, ou d'autres susceptibles d'apparaître,auraient beaucoup d'opportunité dans un proche avenir pour provoquer le vaste rassemblement nécessaire à l'existence d'un Tiers Parti au niveau non seulement des Etats mais de la Fédération. Ceci pourrait se produire quel que soit le futur président, Hillary Clinton ou Donald Trump. Les excès, notamment militaristes de la première, ne pourraient que faire naitre une puissante opposition, difficile à maîtriser par la police et l'armée. En que qui concerne Trump, s'il veut survivre face à la coalition des forces de l'Etat profond qui se prépare contre lui, il sera nécessairement obligé de s'appuyer sur un Tiers Parti mis en place par les millions d'électeurs trompés par Bernie Sanders ou ayant voté pour Trump en raison des éléments progressistes du discours de ce dernier.