Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 174
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubrique

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

Editorial. Comment survivre à la domination par les algorithmes?
Gérard Balantzian 01/10/2016

Nous avons reçu de Gérard Balantzian (voir http://gerardbalantzian.com/)
ce texte en réaction à notre précédent éditorial La domination par les algorithmes. Mythe ou réalité?. Il apporte une réponse très importante à la question de savoir s'il faut se résigner à la domination par les algorithmes, ceci particulièrement en France où ceux-ci sont subis plutôt que voulus. Nous lui avons proposé d'en faire notre premier éditorial pour le mois d'octobre, ce qu'il a accepté et dont nous le remercions.

Notons ce jour 01/10 que le gouvernement américain annonce être prêt à mettre fin à la supervision de l'organisme (l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann) qui attribue les adresses internet dans le monde. Ce rôle présenté comme largement symbolique ne l'est pas du tout, car il permet au gouvernement américian d'assurer la gouvernance mondiale du Web, ceci sur les mutiples plans militaires, économiques et diplomatiques.

Il y a tout lieu de penser que dans la complexité croissante du réseau mondial, Washington conservera sous d'autres formes moins voyantes et plus efficaces la capacité de gouverner la toile, notamment pour le compte de la National Security Agency et des géants de l'internet américains tels que Google et Facebook.

Ajoutons que l'on peut rester sceptique quant aux possibilités de la Recherche en ce domaine, constatant les sommes infimes qui lui sont consacrées, notamment en France

JP. Baquiast, C.Jacquemin

Faut-il subir ou innover pour survivre ?

Faut-il subir et se résigner face au Big data et la domination de l'intelligence artificielle qui guident de plus en plus les processus de prise de décision dans nos organisations et vies ? Le « nouveau chevalier blanc » capable de nous permettre de garder notre juste place dans le monde numérique sera la Recherche. Le terme de Recherche doit être entendu au sens de Recherche Publique étant donné que la recherche sur la question est actuellement presque essentiellement aux mains des GAFAM (*)

Le centre de gravité de la Recherche était situé depuis le XIXe siècle et au début du XXe siècle dans le triangle d'or situé sur les trois pôles de Munich, Göttingen et Copenhague. C'est ainsi que de célèbres mathématiciens et physiciens que nous connaissons comme Bohr, Einstein, Pauli, de Broglie, Heisenberg, Schrödinger, Born, Hilbert, Gödel, etc. ont fait 'bouger les lignes' de la physique newtonienne et nous ont révélé la physique quantique. Faut-il rappeler que le World Wide Web – WWW - (à distinguer de l'internet) est parti du CERN (Genève) qui se trouve également sur le terrain européen.... Lequel n'est pas non plus dépourvu de médaille Fields (la France talonne toujours les Etats-Unis sur les premières marches du podium des pays distingués par cette médaille), ni de prix Nobel (comme l'économiste Jean Tirole ou le physicien Serge Haroche).

Aujourd'hui, il faut un équilibrage des forces d'influence au sein des instances mondiales d'orientation du web. En effet, nous constatons dans ces grandes instances (ex. : IEEE, W3C, etc.) une forte majorité d'experts anglo-saxons. Le « chevalier blanc moderne » aurait-il une dominante anglo-saxonne, ce qui doterait les GAFAM d'une capacité de mise sous contrôle des normes de fait et de droit des échanges numériques et du partage de contenus, des architectures de données, de l'intelligence artificielle, du Big data et des modèles émergents ?

Concernant notre « survie », je ne me plains pas de Google ou de Wikipédia car sans ces fabuleux outils mes capacités de production seraient réduites de manière significative, ce qui m'attristerait. Mais d'étranges tensions secouent le monde numérique sur fond de questions éthiques, sociétales et existentielles. A ce propos, un article intéressant d'Eric Sardin dans Le Monde du 23 septembre dernier pose la question de « l'économie des données et des modèles de captation de tous les flux de l'existence ». La Recherche européenne a-t-elle les moyens de nous éclairer et nous inviter à dire « non », en nous fournissant les outils et moyens associés pour agir, en particulier sur le plan de la production et du partage des contenus numériques protégés et sécurisés, afin que ce « non » ne soit pas orienté vers un Etat particulier ou les GAFAM, mais que ce soit un « non » à un modèle de civilisation qui est en train de se construire sous nos yeux et que l'on a le droit de refuser dès lors que certaines limites ne sont plus respectées.

L'exigence de survie nous invite à inventer une nouvelle théorie et de nouvelle pratiques et outils dans le domaine de l'ingénierie des connaissances et des contenus numériques. C'est bien là que la Recherche européenne a un travail à effectuer dès à présent dans un esprit d'ouverture et d'alliances avec les pouvoirs dominants existants dans le monde, car l'Hybridation et la Coopération mondiales deviennent de plus en plus la règle.

Gérard Balantzian

2 octobre 2016

(*) GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft


 

Retour au sommaire