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Sciences politiques. Des élites mondiales devenues volontairement suicidaires ?
Jean-Paul Baquiast 01/11/2016

Une question se pose avec acuité aujourd'hui: pourquoi nous résignons nous à une fin inéluctable de la civilisation ceci du fait d'une guerre nucléaire mondiale?

Pour y répondre, il faut préciser certains éléments de la question.

Ce n'est pas l'écrasante majorité des humains qui se résigneraient à un prochain suicide collectif. S'ils étaient interrogés, ils affirmeraient au contraire qu'ils veulent vivre et non se suicider, qu'ils croient ou non à une vie après la mort. Mais s'ils étaient interrogés, ils montreraient aussi qu'ils ignorent tout des « progrès » les plus récents marquant l'arme nucléaire stratégique. Ils ignorent également les centaines de milliards affectés dans le monde au renforcement de tels armements. Ceci majoritairement aux Etats-Unis, mais en réponse, de plus en plus en Russie.

Ce qui est plus grave, c'est que cette écrasante majorité des humains ignorent comment, aux Etats Unis, les hiérarchies militaires et certains néoconservateurs évoquent désormais cette guerre mondiale, non seulement comme possible, mais comme souhaitable. Aujourd'hui, Hillary Clinton semble décidée à leur apporter son appui au cas – très probable - où elle accéderait à la Maison Blanche.

Il faut rappeler qu'aux temps de crise les plus aigus de la Guerre Froide, les responsables américains, de même que les soviétiques, avaient toujours refusé, du moins en première frappe, le recours à l'armement nucléaire, recours qui avait été qualifié de MAD, ou Destruction Mutuelle Assurée. Les « élites » de l'époque n'étaient pas suicidaires.

Aujourd'hui, elles le sont manifestement devenues. Mais de quelles élites s'agit-il? Il s'agit, principalement en Amérique mais aussi en Russie, des milieux militaires, industriels et politiques que l'on entend de plus en plus déclarer, comme l'a fait récemment le chef d'Etat Major américain, le Général Mark Milley, que l'Amérique pourrait gagner une guerre nucléaire contre la Russie. (voir http://thehill.com/policy/defense/army/302466-us-army-keeping-wary-eye-on-russia )

Les responsables militaires européens de l'Otan tiennent le même discours, alors que l'Europe serait détruite dès la première heure d'un tel conflit.

Mais parmi ces « élites », il faut inclure les centaines de milliers de citoyens bien informés, y compris en Europe, qui connaissent parfaitement les risques de la préparation d'une guerre nucléaire mais qui ne font rien pour dresser les populations contre les militaires et politiques qui semblent dorénavant préparer cette MAD. Dresser les populations ne devrait pas se limiter à des articles ou de vagues déclarations que personne n'écoute, mais à tout le moins organiser des mouvements de rue massifs, dans chaque pays, marquant le refus de la course à la guerre et le rejet des majorités politiques acceptant une telle course.

Un optimisme génétiquement programmé

En ce cas, nous sommes tous concernés, y compris l'auteur de cet article, qui au lieu de rester derrière son ordinateur, devrait se résoudre à l'action directe. Mais pourquoi ne le faisons-nous pas? . On répondra que c'est parce que chacune des personnes visées, en son for intérieur, ne croit pas à l'imminence du risque, même si celle-ci est dénoncée par des voix mieux informées que la sienne.

Cet optimisme verrouillé au corps trouverait sans doute des causes que les sciences humaines et la génétique pourraient expliquer. Sans lui, l'homo sapiens aurait été éliminé dès les premiers temps de son apparition. Pourrait-on en ce cas parler de suicide, et moins encore de suicide volontaire? Il s'agirait d'un détermnisme. Cependant l'accepter sans le combattre relèverait d'une forme de suicide, dès lors que l'on a acquis l'état de conscience nécessaire pour commencer à le faire.

Nous avons ici plusieurs fois évoqué ce thème de recherche. Mais il n'est pas abordé sérieusement par la science. Pendant ce temps, la course à l'anéantissement nucléaire s'accélère. Beaucoup d'astrophysiciens évoquent désormais une telle cause pour expliquer l'absence de toute forme de vie intelligente et même de toute forme de vie, sur des planètes offrant pourtant un environnement favorable.

Nous sommes sans doute engagés sur Terre dans un tel processus de disparition, incontrôlable par ce que l'on appelle la raison.

Post Scriptum au 30/10.

Un de nos amis, que nous remercions, officier général (CR) lui-même, nous écrit :

« Ne confondons pas gesticulation de puissance fondée sur la menace d'emploi de l'arme nucléaire et la volonté d'emploi de cette arme, y compris à titre préventif. Je pense que beaucoup de gens fantasment sur ce sujet et je ne crois pas un mot de la volonté de passage à l'acte qu'ils évoquent et qui vous semble inéluctable ».

Nous voudrions répondre que l'article se place, comme indiqué à la fin, dans une perspective que l'on pourrait appeler de génétique évolutionnaire, intéressant l'homo sapiens en tant qu'espèce. Avons nous acquis par évolution des comportements désormais inscrits dans certains gènes, nous programmant pour nous rassurer, quelles que soient les menaces? Ceci aurait pu nous permettre de survivre pendant des millénaires, mais pourrait se trouver en défaut face à des menaces extraordinaires, fussent-elles elles-mêmes le résultat de comportements humains. Il ne s'agit bien sûr que d'une hypothèse, mais qu'il pourrait être vital de vérifier.

Post Scriptum au 31/10

Nous recevons d'Alain Cardon, que nous remercions, le texte suivant:

Pour revenir sur la question posée à la fin de cet article.

J'ai terminé l'écriture en 2013 d'un livre publié sur Automates Intelligents : « Les systèmes de représentations et l'aptitude langagière ». Ce livre montre qu'il existe dans le système psychique humain un système psychique complet de gestion interne d'abstractions permettant de générer et de manipuler le langage et qu'il existe un système psychique sensible distinct. Le grand problème est la relation entre ces deux systèmes coactifs, l'un étant très social et l'autre très local.

Le système de génération d'abstractions est un système qui opère sur lui-même, qui manipule les mots et les phrases qu'il construit et qui est totalement distinct du système émotionnel, qui manipule lui tous ses sens. Les deux systèmes sont liés mais cela montre la fragilité de l'humain qui n'a pas un système psychique unifié.

Cela veut dire que les notions de temps et d'espace sont, pour l'homme, des abstractions représentées par des mots, des caractères conceptuels, qu'il peut manipuler par ses opérations cognitives usuelles de catégorisation, de classement, de généralisation, de hiérarchisation, de distinction... Il n'a aucune notion sensible de la grandeur de l'espace terrestre ni de la durée longue, il est très localisé à lui-même. Il ne peut donc qu'utiliser les mots formant les conceptualisations pour appréhender les caractères de son monde et de sa société, ce qu'il a appris dans son enfance et en vivant dans sa société.

Ainsi, lorsque la société est manipulatrice des usages langagiers par les informations qui sont sans cesse distribuées (l'histoire nous montre que c'est un système social très au point, très développé), donnant à certains caractères qui lui sont abstraits, des interprétations volontairement fausses mais agréables sensiblement, il a une tendance forte à suivre, il se conforme dans la voie qui lui est ouverte.

L'aptitude au doute opéré dans les constructions de son système langagier vient du doute naturel de ses appréhensions par son système psychique sensible qu'il a transposé comme opération de production d'abstractions. Et nos sociétés ne forment toujours pas à l'usage systématique du doute et de
la remise en cause créative, mais à un conformisme fort. C'est le cas maintenant chez nous en sciences.

En ayant fait ce livre qui pose clairement que le système psychique
humain est double, qu'il est un système globalement auto-organisationnel qui génère des formes de pensées comme des construits morphologico-sémantiques réalisé par des classes complexes d'opérations, donc un système ayant une caractérisation morphologique et algébrique claire, je me suis mis à la marge de la marge, mes thèmes étant totalement non conformes à l'usage usuel et normatif, et aussi aux croyances. Je suis maintenant un élément hors du système, complètement marginal.

Et un système artificiel fondé sur cette architecture sera très rapidement réalisé dans la très belle et très dynamique Silicon Valley (lire « La siliconisation du monde » d'Eric Sadin pour comprendre le problème), avec une distinction majeure avec le psychisme humain : ce ne sera pas un système placé dans un cerveau très localisé mais ce sera un système de systèmes distribué sur d'innombrables systèmes liés à d'innombrables corporéités, un vrai système méta réduisant l'humain local à rien du tout.