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Science politique. Corruption au Brésil
Jean-Paul Baquiast 01/01/2017

On s'intéressera à l'article que l'on peut lire ici concernant l'influence à base de corruption qu'exerce sur le gouvernement brésilien le consortium géant de travaux publics et de construction qu'est Odebrecht. Celui-ci est pratiquement inconnu en France, mais il est connu dans toute l'Amérique Latine où il intervient, outre au Brésil, sur de nombreux chantiers liés à des décisions gouvernementales.

Observons cependant que The Real News (TRNN) se présente comme « a nonprofit independent news organization ». Il semble se spécialiser dans la dénonciation de pratiques diverses venant en contradiction avec la morale politique « occidentale. Ceci n'empêche pas de lire ses articles avec un fort recul. Il est difficile de montrer qu'il échappe toujours à l'influence du langage politique américain dominant et des intérêts qui l'inspirent.

Sur le fond, au vu de l'influence que jouent dans la vie politique brésilienne les grandes entreprises du type d' Odebrecht., l'article ne devrait pas surprendre. Il nous apprend que Odebrecht vient d'être condamné par le US Department of Justice (ministère de la Justice) à verser une amende apparemment considérable de 4.5 milliards de dollars. Cette amende résulte de l'application de la loi américaine dite Foreign Corrupt Practices Act de 1977 visant à réprimer les manœuvres de corruption. L'amende sera versée au Trésor américain. Celui-ci envisage d'en reverser une partie à la douzaine de gouvernements victimes de la politique du géant brésilien.

On ne peut que se féliciter du zèle vertueux du département de la Justice américain, d'autant plus vertueux que Odebrecht n'est en rien une entreprise américaine et qu'aucune administration américaine, autant que l'on sache, n'a été victime de ses manoeuvres. Nous devons cependant rappeler plusieurs points:

1. Un autre consortium brésilien, le géant Petrobras, dominant dans le secteur du gaz et du pétrole, n'a cessé d'être mis en cause par les autorités américaines pour sa politique de corruption étendue. Personne au Brésil n'ignorait ces pratiques. De telles pratiques sont d'ailleurs communes dans le système politique latino-américain, comme ailleurs dans le monde, notamment de la part des géants pétroliers américains. Cependant, il faut rappeler pourquoi de temps à autres, elles sont mises en lumière par la politique américaine. Ce n'est pas par vertu puritaine.

Ainsi, dans le secteur pétrolier, nul ne devrait ignorer les investissements considérables entrepris par Petrobras pour mettre en valeur des réserves brésiliennes sous-marines de gaz et de pétrole. Celles-ci sont convoitées par les pétroliers américains. Les campagnes d'opinions menées contre Petrobras, provenant des Etats-Unis ou de milieux politiques brésiliens influencés (y compris par les dollars de la CIA) pour défendre les intérêts américains au Brésil, visent évidement à compromettre Petrobras.

Nous ne connaissons pas les intérêts américains dans le secteur des travaux publics et de la construction au Brésil et sur le continent sud-américain. Une enquête approfondie serait nécessaire, que nous ne sommes pas en mesure de mener. Cependant, il existe des informations suffisantes pour montrer qu'ils sont considérables. Tenter de ruiner la part prise par Odebrecht dans les circuits de décisions ne peut qu'être être favorable aux concurrents américains de Odebrecht . L'amende infligée par le Département de la Justice américaine ne peut que servir directement leurs objectifs

2. Il faut rappeler surtout que les Etats-Unis ne deviennent vertueux que lorsque leurs intérêts économiques et stratégiques l'exigent. Nous avons dans plusieurs articles précédents signalé l'ignoble campagne menée à l'instigation américaine contre Dilma Rousseff, accusée implicitement de corruption. Celle-ci, de même que l'ex-président Lula, avaient le grand tort de chercher à diminuer l'emprise américaine sur le Brésil. Mal leur en a pris. Peu d'observateurs au demeurant ne remarquent que son successeur, désormais le chouchou de Washington, un certain Michael Temer, aujourd'hui président, est lui-même accusé, sauf erreur, ou sinon lui ses proches, de corruption passive – c'est-à-dire de s'être laisser acheter. Or le Département de la Justice américain ne lui a jamais, que nous sachions, rien reproché.

Le même jeu a été joué, comme nous l'avions également indiqué, par le département d'Etat américain pour se débarrasser de la présidente argentine Cristina de Kirchner et mettre en extrême difficulté l'actuel président vénézuelien. L'un et l'autre voulaient conserver la main sur leurs propres réserves énergétiques.

Quant aux juges brésiliens, dits si honnêtes, responsables de la chute de Dilma Rousseff, ils sont entièrement aux mains des églises évangéliques elles-mêmes très sensibles aux arguments (en $) de la CIA.

3. Terminons cette rapide analyse en rappelant les amendes énormes (15 milliards) infligées par la Justice américaine aux entreprises européennes, dont la Société Générale, au motif d'avoir violé les embargos américains mis sur le commerce avec un certain nombre d'Etats dits non coopérants, dont Cuba pourtant aujourd'hui revenu en grâce. Rien de criminel en fait ne justifie ces amendes. Néanmoins les entreprises européennes, voulant continuer à commercer dans les zones soumises à l'influence américaine, se disent prêtes à les payer. Aucun gouvernement européen ne les soutient, non plus que la Commission européenne. Celle-ci est trop sous le contrôle de Wall Street pour émettre autre chose que des remarques sans portée.


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