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Les "réseaux" sont-ils des réalités naturelles ?
Jean-Paul Baquiast 01/06/2017


Simulation d'un homo erectus s'efforçant de produire du feu délibérement en frappant deux silexs.

La science se construit sur un double processus. Elle définit a priori des « systèmes » ou « réseaux » dans la nature reposant sur des interactions entre entités elles mêmes définies a priori par elle. Ensuite elle s'efforce de trouver des faits expérimentaux pouvant confirmer ces hypothèses. De tels systèmes ou réseaux sont de taille variable, ainsi celui de l'homo microbicus présenté dans le n°32 de La Lettre de l'Académie des sciences.

Mais à un tout autre niveau, la cosmologie parle des systèmes solaires ou des galaxies comme résultant de l'interaction d'entités elles-mêmes prédéfinies, afin de faire l'objet d'études, ou plutôt d'observations donnant lieu à des hypothèses de liens relationnels pouvant être ensuite présentées comme des lois de la nature.

Récemment Emanuele Coccia, dans son ouvrage “La vie des plantes”, nous invite à accorder aux végétaux une place centrale dans l’explication du monde :  “rouvrir la question du monde à partir de la vie des plantes“, c’est-à-dire travailler à l’élaboration d’une métaphysique dans laquelle la vie des plantes a toute sa place. Laquelle ?
 
On en lira un commentaire (extrêmement sérieux) publié par Les Inrocks   On peut en extraire la phrase suivante  : ce qu’Emmanuele Coccia nous suggère au fil de pages denses, surprenantes, souvent lumineuses sous une couche de complexité, c’est que, dans notre monde, dans nos vies, tout est lié à tout, “sans qu’il y ait une unité supérieure à celle du mélange, sans que les causes et les effets ne soient ordonnés selon le critère de l’homogénéité formelle ou de l’isomorphisme“ ... Pour Emanuele Coccia, “ce n’est pas en reliant entre eux exclusivement les phénomènes qui ont la même nature ou la même forme (les phénomènes physiques, les faits sociaux) que nous pourrons parvenir à comprendre le monde. Le monde n’est pas un espace défini par l’ordre des causes, mais plutôt par le climat des influences, la météorologie des atmosphères“.
 
Ces « réseaux » sont-ilsdes entités que nous devons considérer comme réelles, au même titre qu'une table ou une chaise? Certes l'approche en réseau est scientifique. Il faut seulement se rappeler que selon des hypothèses récentes, c'est le cerveau humain, individuel ou collectif, qui génère spontanément des hypothèses que l'homme s'efforce ensuite de vérifier. La plupart des découvreurs en science ont signalé que les hypothèses nouvelles qui leur viennent à l'esprit ne résultent pas d'une recherche volontaire, mais du fonctionnement spontané, involontaire, de leur cerveau. Ceci concerne des faits de tous les jours ou des faits beaucoup plus généraux. Mais si les hypothèses ne font pas l'objet de vérifications expérimentales, la science, contrairement à d'autres pratiques sociales (comme les religions) se résout à les abandonner.

Ainsi, concernant le réseau complexe entre les végétaux et les microorganismes, il s'agit d'une hypothèse qui jusqu'à présent s'est révélée vérifiable et fructueuse, comme celle à une autre échelle de l'homo microbicus. Mais il ne faut pas oublier que ce réseau n'existe pas en lui-même dans la nature. Si pour une raison éventuelle, il se révélait comme une hypothèse pouvant être mise en difficulté, ou devant être complétée, à la suite de nouveaux faits expérimentaux, le cerveau du scientifique qui l'a inventé sera spontanément obligé de le compléter voire de l'abandonner.

C'est finalement l'apparition puis le développement, à partir de l'australopithèque, d'organismes dotés de cerveaux susceptibles de s'enrichir sans cesse à la suite de leur pratique quotidienne, qui a distingué l'humain des autres créatures. Ce sont ces organismes, leurs pratiques et les modifications en résultant dans ce que l'on appellera leur environnement, qui ont construit ce qui nous apparaît être le monde d'aujourd'hui.

Dans un livre récent, (voir une présentation par l'éditeur ) l'auteur, le préhistoricien Henry de Lumley, montre que les cerveaux de l'australopithèque comme de l'homo habilis ne leur ont pas permis de systématiser l'utilisation du feu. Ce serait seulement les cerveaux différents, avec des lobes frontaux plus développés, des homo erectus, qui leur ont permis de le faire. Ils ont vu dans le feu un système artificiel, mettant en réseau des entités différentes, et pouvant être reproduit, là où leurs prédécesseurs y voyaient sans doute des évènements certes éventuellement utilisables, mais non organisés en réseaux.

Mais le feu n'est pas une entité en soi, s'imposant d'elle-même. Avec un cerveau plus développé ou mieux garni que celui de l'homo erectus, nous pouvons y voir aussi la combinaison dans des conditions adéquates de température et de pression, de molécules d'O et de molécules organiques. Qui peut prévoir ce que nous pourrons en dire plus tard.