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Article. Une "anomalie" biologique, le Blob
Jean-Paul Baquiast 04/07/2017

Il s'agit d'un organisme ( voir Wikipedia ) connu depuis le début du 19e siècle, mais peu observé jusqu'à ces dernières années car considéré non comme un organisme au sens propre du terme, mais comme une agglomération de mousses ou d'algues.

Il a fallu attendre des études menées plus récemment, principalement au Japon et plus récemment encore au sein de l'université Paul Sabatier à Toulouse, pour découvrir qu'il s'agissait d'une forme de vie exceptionnelle, sans doute unique sur terre à ce jour.

Le blob est en effet constitué d'une seule et unique cellule, mais de taille extraordinaire, pouvant atteindre le mètre et davantage. De plus cette cellule est capable de se déplacer pour rechercher la nourriture dont elle a besoin et le milieu le plus favorable à sa vie. Plus extraordinaire encore, elle est capable de capacités relevant d'une intelligence généralement attribuée au cerveau humain

De son nom scientifique Physarum polycephalum, le blob se présente comme une grosse éponge visqueuse. Le nom de "blob" lui a été attribué en référence au film de science-fiction de 1958 avec Steve McQueen, The Blob d'Irvin S. Yeaworth Jr. sorti en 1958 et qui a pour personnage central un extraterrestre géant et gluant qui grossit en avalant les humains.

Sous l'apparence d'une simple mousse se rencontrant dans les sous-bois, cet organisme n'est ni un animal, ni un végétal, ni un champignon. Mais il présente des caractéristiques propres à chacune de ces branches. Les scientifiques ont classé le blob dans la catégorie des protistes, un groupe hétérogène rassemblant des organismes inclassables. Mais il n'en existe pas qu'une seule espèce. Selon Audrey Dussutour, (http://dussutou.free.fr/) chercheuse au CNRS et spécialiste du blob, Physarum compterait un millier d'espèces aux formes et couleurs variées.

Si ce myxomycète (littéralement "champignon gluant") peut couvrir jusqu'à 10 mètres carrés de surface, il n'est composé que d'une seule cellule. Une cellule qui assure donc toutes les fonctions nécessaires à sa survie. Ainsi le blob se déplace dans les sous-bois à raison d'environ un centimètre par heure. Ceci lui permet de partir à la recherche de nourriture - des champignons qu'il engloutit avant de les digérer - mais aussi de partenaires pour se reproduire. Dans ce domaine, il existe chez lui 221 sexes différents ! Une particularité qui accroit considérablement ses capacités de reproduction.

Le blob est quasiment immortel. ou presque. Il ne craint pas le feu, ni l'eau, il est même découpable. Si on le divise en plusieurs morceaux, il est capable de cicatriser en deux minutes et de reformer une seule masse. Lorsque les conditions environnementales ne sont pas propices, l'organisme sèche pour former un sclérote, un état dormant dans lequel il peut rester plusieurs années jusqu'à ce que la situation redevienne favorable pour lui permettre de poursuivre sa croissance exponentielle. Ces extraordinaires capacités ne s'arrêtent pas là.

Depuis plusieurs années, Audrey Dussutour et ses collègues du Centre de recherches sur la cognition animale ont mené différentes expériences sur le blob. Elles ont permis de découvrir que même en étant dépourvu de cerveau, l'organisme est capable de résoudre des problèmes et même de se souvenir. On peut aller jusqu'à parler d'intelligence primitive.

Il est capable de sortir d'un labyrinthe. Il est doté d'une sorte de mémoire externe qui lui permet de savoir où il est déjà passé grâce à du mucus qu'il laisse derrière lui. Il peut établir des réseaux efficaces et adapter parfaitement son régime alimentaire. Il est également capable de transmettre ses apprentissages à un congénère en fusionnant avec lui, selon une étude publiée fin 2016. De plus le blob semblait aussi avoir une "personnalité". En étudiant des spécimens américains, australiens et japonais, ils ont observé de l'un à l'autre des comportements différents vis-à-vis de leur environnement...

Le blob pose de plus en plus de questions qu'il sera intéressant d'étudier. Ainsi, vieux d'environ 500 million d'années, a-t-il existé sous des formes différentes, soit auparavant soit depuis ce temps? Que serait sa filiation? Pourquoi, compte-tenu de ses capacités de survie, n'a-t-il pas envahi l'ensemble de la terre? Comment n'a-t-il pas réussi à s'imposer face aux autres formes de vie? Et, bien entendu, pourrait-on imaginer que cette vie, relativement simple, aient pu proliférer sur d'autres planètes habitables?

Sur le blob, on lira le livre d'Audrey Dussutour « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander » publié aux éditions des Équateurs le 27 juin 2017. Voir un extrait

On regardera aussi la remarquable vidéo réalisée par Audrey Dussutour