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Article.
L'histoire de l'espèce humaine est en voie de réécriture
Jean-Paul Baquiast 27/08/2017



sahelanthropus_tchadensis

Un article daté du 26 août 2017 de Colin Barras dans le n° 3140 du NewScientist , résume les travaux récents des paléoanthropologues concernant les origines de l'espèce humaine Homo sapiens, depuis les temps lointains d'avant les australopithèques, soit approximativement - 5.5 à - 6.5 millions d'années. Le titre en est Who are you? How the story of human origins is being rewritten
https://www.newscientist.com/article/mg23531400-500-who-are-you-how-the-story-of-human-origins-is-being-rewritten/

Comme nous avons depuis bientôt 15 ans publié différents textes sur cette question, il nous paraît nécessaire d'y revenir ici en résumant et simplifiant ce dernier article à l'intention des lecteurs peu anglophones.Le choix des images ci-dessous (reconstitutions) est de nous. Nous y ajouterons quelques réflexions en seconde partie, qui seront présentées dans le prochain numéro.

Jean-Paul Baquiast pour Automates Intelligents La Revue

________________________________________________________________

Jusqu'à présent, il était admis que des primates proches des chimpanzés d'aujourd'hui, était présents dans les forêts de l'Afrique de l'est il y a - 5.5 à - 6.5 millions d'années. Certains de leurs descendants auraient évolué pour donner naissances aux grands singes et aux bonobos que nous connaissons. Ils seraient restés dans la forêt où ils se trouvent toujours (tant du moins que la « civilisation » n'aura pas provoqué leur disparition).

Mais d'autres auraient quitté la forêt pour gagner la savane. Ils auraient appris ce faisant à marcher sur deux jambes. Les lignées humaines en auraient découlé.Cette évolution auraient commencé avec l'apparition des célèbres australopithèques, genre d'hominidés ayant vécu entre - 6 millions d'années et - 2,5 millions d'années. Lucy, découverte dans les années 1970, en serait l'archétype.

Sur Lucy, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucy_(pal%C3%A9oanthropologie).

Il y a environ 2,2 millions d'années certains de ces australopithèques auraient acquis des cerveaux plus importants et des jambes plus longues. Nommés aujourd'hui Homo erectus ou homme debout (https://fr.wikipedia.org/wiki/Homo_erectus), ils auraient quitté l'Afrique pendant le million d'années suivant et donné naissance aux Néanderthals de l'Eurasie.

Les Néanderthals, très bien étudiés aujourd'hui, auraient constitué différentes lignées toutes disparues, sauf une. Celle-ci dotée de cerveaux encore plus importants, aurait été à l'origine de l'Homo sapiens, tel que nous le connaissons, et considéré comme datant de – 60.000 ou – 80.000 ans environ.

Découverte d'espèces préhumaines plus anciennes que les Australopithèques

Cependant, cette histoire est trop simple pour résister aux découvertes récentes. Au début du 21e siècle, en 2001 et 2002 notamment, les chercheurs ont mis au jour des restes fossiles qu'ils ont attribué à des espèces préhumaines ayant vécu dans une période bien antérieure aux australopithèques , entre – 7 et – 5,8 millions d'années.

Ils appartenaient à 3 espèces différentes, nommées Orrorin tugenensis, Ardipithecus ramidus et Sahelanthropus tchadensis (voir sur cette dernière notre image ci-dessus et https://en.wikipedia.org/wiki/Sahelanthropus)

Elles paraissent anatomiquement bien plus proches de l'homme que les actuels chimpanzés. Or les études génétiques de leurs vestiges ont permis de les situer à une date précédant environ un demi million d'années les australopithèques. Autrement dit, la divergence entre les pré-humains et des chimpanzés se serait produite bien plus tôt que l'on ne pensait, soit entre – 13 et – 7 millions d'années. L'on ne dispose à ce jour d'aucune information permettant de connaître les caractères de l'évolution s'étant produite depuis ces origines jusqu'à l'australopithèque.

Heureusement, l'on a retrouvé récemment un squelette vieux d'environ 4,4 millions d'années, très bien conservé, d'un des prédécesseurs de l'australopithèque. Il s'agit d'un Ardipithèque ramidus. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ardipithecus_ramidus). Baptisée Rami, cette créature ne disposait pas des caractères permettant aux grands singes de vivre dans les arbres ou de marcher sur les genoux. Au contraire, ses pieds, ses jambes et sa colonne vertébrale devaient lui rendre la marche verticale très confortable. Autrement dit, elle n'avait rien d'un singe. Elle vivait dans un environnement forestier. (image: reconstitution).

Ainsi, des hominidés prédécesseurs des australopithèques ont commencé à marcher debout bien avant de quitter la forêt, et sans attendre d'avoir besoin d'arpenter la savane. Des études récentes concernant les orang-outangs dans leur environnement naturel ont d'ailleurs montré que ceux-ci pouvaient à l'occasion se déplacer sur deux jambes entre les arbres, à la recherche de fruits tombés.

Ceci a conforté l'hypothèse selon lesquels les australopithèques postérieurs aux Ramidus auraient été incontestablement des prédécesseurs des hommes. Puisque les Ramidus pouvaient marcher, les australopithèques les ayant suivi le pouvaient nécessairement aussi. Pratiquant la marche, ils ont pu peupler l'Afrique de l'Est et du Sud entre – 4,2 et 1,2 millions d'années. On a retrouvé des indices montrant qu'ils utilisaient déjà des outils et disposaient donc d'une certaine culture transmissible socialement.

Une deuxième découverte fut faite en 2001 au Kénya. Il s'agissait du crane d'une espèce vieille de – 3,5 millions d'années. Il aurait pu appartenir à un australopithèque afarensis, espèce à laquelle appartenait Lycy. Mais sa face plate ne permet pas de l'apparenter à ceux-ci. Fred Spoor de University College London et Meave Leakey de la Stony Brook University à New York, qui l'ont étudié, lui ont donné un nouveau nom, Kenyanthropus platops. Par la suite, une étude plus complète de K. platyops a montré qu'il était plus proche des hommes qu'aucun australopithèque. (image: reconstitution)

Des restes d'outils attribués à K. platyops, antérieurs à ceux associés aux australopithèques, découverts en 2015 et vieux de – 3,3 millions d'années, les plus anciens jamais retrouvés, suggèrent aussi que cette indéniable forme de culture, l'outil, était bien plus ancienne qu'on le pensait jusqu'à présent. L'étude d'un autre hominidé vieux de 6 millions d'années et découvert en 2001, baptisé Orrorin ou Orrorin tugenensis, a confirmé l'hypothèse de l'ancienneté des précurseurs de l'espèce humaine.

Remise en cause de l'hypothèse Out of Africa

Par ailleurs, l'hypothèse dite Out of Africa, suggérant que les seuls hominidés ayant quitté l'Afrique disposaient de gros cerveaux et de longues jambes leur permettant de parcourir de grandes distances, n'a pas résisté à la découverte, faite en 2002, d'un crane daté de – 1,75 millions d'années, qui était trop petit pour contenir un gros cerveau. Il convenait à un cerveau de 600 cm3, soit la moitié du cerveau humain actuel. Or le fossile se trouvait, non en Afrique mais dans le Caucase, à Dmanisi. Ceci était la preuve que des hominidés à petits cerveaux avaient pu quitter l'Afrique.

D'autres fossiles trouvés sur ce site ont permis de rapprocher l'homme de Dmanisi de H. erectus, à l'exeption de la taille plus réduite de son cerveau. Or ce dernier était jusqu'à présent considéré comme le premier à avoir quitté l'Afrique.

En 2003, la découverte dans l'ile indonésienne de Flores, d'un fossile appartenant à un hominidé doté d'un petit cerveau et d'un petit corps fit beaucoup parler. Ceci aurait pu l'apparenter à des hominidés ayant vécu en Afrique il y a 2 ou 3 millions d'années. Mais cet hominidé, baptisé Homo floresiensis, familièrement Hobbit, vivait il y a seulement quelques milliers d'années, dans une région considérée jusqu'ici comme peuplée seulement d'humains à longues jambes et gros cerveaux. Beaucoup estiment aujourd'hui que des pré-humains proches des australopithèques auraient pu quitter l'Afrique très tôt. ((image: reconstitution)

Tout récemment, les restes de deux types d'hominidés nommés respectivement Australopithecus sediba et Homo naledi découverts en Afrique du Sud, ont augmenté les incertitudes. Leurs squelettes sont très différents de l'un à l'autre. L'A. sediba comporte des mâchoires et des mains proches de celles de l'homme, mais des pieds proches de ceux du singe. (image: reconstitution) Pour sa part, Homo naledi (voir notre article ) était doté d'un crane et de pieds proches de ceux de l'homme moderne. Il était âgé d'environ 300.000 ans. La nouvelle découverte au Maroc d'un hominidé proche de l'homme moderne et du même age conforte l'hypothèse selon laquelle des précurseurs très proches de l'H. Sapiens seraient apparu bien avant la date de 80.000 ans. Ou alors il faudrait admettre que l'H. Sapiens serait plus âgé de 100.000 ans que ce qui était précédemment admis.

Pas d'évolution linéaire.

Ceci conduit beaucoup de paléoanthropologues à se demander aujourd'hui s'il ne conviendrait pas d'abandonner l'hypothèse d'une évolution quasi linéaire vers l'homme moderne. Celui-ci, avec ses caractères distinctifs, anatomiques mais aussi en terme de culture, n'étant pas plus ancien que 80.000 à 100.000 ans. Les premiers H. sapiens ont coexisté en Afrique avec des hominidés tels qu' H. Naledi qui disposaient d'une culture sophistiquée, par exemple enterrer les morts. Du fait qu'ils avaient un très petit cerveau et une taille réduite, on ne peut cependant en faire des Sapiens.

Avaient-ils cependant malgré leurs différences, la capacité de se croiser avec des Homo afin d'en obtenir des descendances communes. On avait longtemps refusé aux Néanderthals cette capacité, au vu de différences dans l'ADN mitochondrial. Mais il est apparu ensuite qu'ils ont pu le faire avec succès, les génomes de beaucoup d'humains modernes comportant des gènes de Néanderthaliens.

Il faut ajouter que l'analyse de gènes ayant pu extraits de quelques rares ossements provenant d'un fossile trouvé dans une caverne de Sibérie en 2008, ont montré que celui-ci n'était pas un Néanderthalien. Il a été classé comme appartenant à une espèce jusqu'ici inconnue, nommée les Hommes de Denisova ou Denisoviens (https://fr.wikipedia.org/wiki/Homme_de_Denisova ) On ne sait pas qu'elle était leur apparence, sans doute proche de l'H. erectus. Cependant les Sapiens les ont considérés comme suffisamment proches d'eux pour se reproduire avec eux.

Comment dans ces conditions définir l'Homo sapiens?

Les exemples précédents montrent que l'espèce Homo, si espèce il y a, n'a pas sensiblement différé d'espèces contemporaines des premiers H. sapiens, que ce soit par la morphologie ou par le génome. Les généticiens espèrent, avec les progrès considérables récents de leur science, pouvoir reconstruire un tiers du génome des Néanderthaliens et 90% de celui des Denisoviens. Pourra-t-on, au vu du génome de l'homme moderne comportant un nombre important de gènes de ces deux espèces, dire que celles-ci sont définitivement éteintes? Elles pourraient au contraire avoir survécu à travers nous. Sous un autre angle, ne pourions nous pas dire que nous les représentons d'une certaine façon, n'ayant donc plus grand chose, hormi la culture, de spécifiquement Sapiens.

Pour approfondir cette question, il faudra découvrir davantage de fossiles et parallèlement enrichir les études génétiques.

 

A suivre dans le prochain numéro

J.P.Baquiast Quelques réflexions sur le thème.