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Article. Le Memristor. Vers la conscience artificielle
Jean-Paul Baquiast 18/08/2017

Wikipedia précise ce qu'est un memristor . Il s'agit du quatrième composant électronique, après le condensateur, le resistor ou résistance et la bobine. Ces différents composants sont dit passifs car ils ne peuvent isolément procéder à un calcul électronique. Ils doivent être assemblées sur une carte électronique, élément de base des ordinateurs.

Un memristor, contrairement à ses prédécesseurs, stocke efficacement l’information car la valeur de sa résistance électrique change de façon permanente lorsqu’un courant lui est appliqué. Il s'agit d'un resistor variable qui peut enregistrer pour ensuite les restituer les différentes forces de courant qui lui sont appliquées, et non pas seulement signaler comme le fait le transistor la présence (1) ou l'absence (0) d'un courant

Le memristor n'existait pas dans les laboratoires avant 2008. Il avait seulement été imaginé et décrit de façon théorique par Leon Chua de l'Université de Berkeley en 1971. Ce ne fut qu'en avril 2008 qu'une réalisation physique du memristor a été réalisée par une équipe de chercheurs de Hewlett Packard. Pour plus de détails, nous renvoyons le lecteur à l'article de Wikipedia.

Memristors naturels

Or, comme le plus souvent en matière scientifique, c'est la réalisation en laboratoire d'un système artificiel qui permet de s'apercevoir que de tels systèmes existent déjà dans la nature, sous une forme généralement plus élaborée. En l'espèce, le modèle artificiel du memristor a permis de mieux comprendre le rôle des synapses interneuronales dans le fonctionnement du cerveau, notamment quand celui-ci se livre aux comportements élaborés nécessaires à la conscience.

Les neurosciences sont encore incapables de préciser les bases neurales de la conscience. L'on sait seulement que le cerveau ne se comporte en rien dans ce cas comme un ordinateur constitué de composants électroniques classiques. L'on sait seulement que le cerveau est doté de réseaux de neurones reliés par des synapses, que ces synapses présentent un caractère dit de plasticité selon lequel elles deviennent plus efficaces quand elles sont fréquemment sollicités, pouvant au contraire disparaître quand elles ne le sont pas et enfin que ces synapses se renforcent si les deux neurones, situé l'un en amont et l'autre en aval de la synapse, s'activent (spike) simultanément. En anglais on parle de spike time dependant plasticity. Sinon, la liaison synaptique perd son efficacité et peut même disparaître.

Ce point est capital car il permet d'acquérir des comportements durables ou de mémoriser des souvenirs dans les domaines où le cerveau est fréquemment sollicité.

Dans les réseaux de neurones artificiels servant à reproduire des comportements cérébraux, les composants traditionnels ne permettaient pas de reconstituer cette dernière caractéristique du cerveau. Il était donc vain d'espérer par leur intermédiaire construire des réseaux pouvant un jour participer à des consciences artificielles. L'apparition du memristor devrait changer entièrement les perspectives.

Des réseaux de neurones artificiels comportant ce nouveau composant pourraient progressivement doter des entités artificielles telles que les robots de comportements caractéristiques des humains, notamment de la capacité de générer des faits de conscience et d'en tirer des conséquences dans leur comportement quotidien. On est encore loin du robot autonome conscient, mais l'on s'en approche.

Tout laisse penser, car ainsi va la science, que les investissements coûteux nécessaires pour réaliser des robots autonomes conscients utilisant des memristors ou des memristors améliorés seront faits dans le domaine des robots militaires. Dans ce numéro, un article de Thierry Berthier montre l'importance des développements concernant les robots autonomes militaires. Il est évident que les doter de capacités de conscience les rendrait encore mieux capables de se comporter comme des combattants humains.

Certains commentateurs font valoir que s'ils devenaient trop conscients et se forgeaient des personnalités autonomes, ils pourraient se retourner contre les humains qui les utiliseraient. Mais pour le moment, en l'état actuel de la technique, il s'agit d'un fantasme.

Note


Sur ce sujet, on lira un excellent article du Newscientist du 5 août 2017. Son auteur est Liesbeth Venema, membre senior du comité de rédaction de la Revue Nature

https://www.newscientist.com/article/mg23531370-600-brain-box-multitasking-chips-that-can-match-the-human-mind/