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Géopolitique Le Brics prépare la mise en place d'un nouvel étalon-or.
Jean-Paul Baquiast 18/09.2017

La production mondiale d'or représente 7.400 kilos d'or par jour soit 2.700 tonnes d'or par an (2012). La demande d'or est supérieure à l'offre (de 4.330 tonnes en 2010), dont 50% sont achetés par les joailliers et 38% par les investisseurs. Il y a ainsi un stock de 42.000 tonnes d'or sur la terre.

Les réserves connues se trouvent surtout en Afrique du Sud (14%), en Australie (12%) et au Pérou (8%) mais la Chine est le 1er producteur mondial depuis 2007 avec un total de 300 t/an. Ces chiffres n'ont pas beaucoup changé depuis cette date.

A quoi servira l'or chinois? Jusqu'à présent, les excédents commerciaux considérables de la Chine étaient évalués en dollar, et la Chine n'avait pas d'autres possibilités que les convertir en Bons du trésor américains (Treasury securities). Ceci donnait au Trésor fédéral des ressources considérables permettant de financer divers investissements, mais aussi l'armement et la guerre. De plus, Washington pouvait quelque peu manipuler la valeur du dollar pour l'augmenter ou la diminuer en fonction de ses stratégies mondiales. Wall Street pouvait créer en effet sans limites théoriques de nouveaux dollars pour financer les politiques américaines. Les concurrents des Etats-Unis n'avaient aucun moyen pour faire de même. L'eurozone, on le sait, n'avait pas de pouvoir pour procéder de cette façon en utilisant l'euro.

Il apparaît aujourd'hui que le recours à l'or pourra rendre Pékin et Moscou indépendant du dollar et de ses manipulations américaines. Depuis quelques années la Russie et la Chine avaient acheté de grands quantités d'or, dont elles sont par ailleurs des producteurs très importants. Pourquoi faire, si cet or allait dormir dans les caves de leurs banques centrales?

L'or du Brics

Il apparaît maintenant, à la suite des dernières réunions du Brics et de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), que les membres veulent se donner une nouvelle unité de change leur permettant d'échapper à la domination du dollar. L'Inde et le Pakistan sont également intéressés, soit 3 milliards de personnes. Mais cette nouvelle unité de change ne visera pas seulement à concurrencer le dollar. Elle visera surtout à financer les investissements considérables en infrastructures diverses de transport et de création d'industries associées au programme de Nouvelle Route de la Soie, que nous avons souvent présenté sur ce site. Pour que ces investissements soient viables à long terme, il faut absolument qu'ils ne dépendent pas du dollar mais d'une monnaie commune aux pays partenaires du programme.

Le Brics avait envisagé jusqu'à très récemment la création, comme nous l'avons rapporté, d'une unité de change commune qui serait un mix du rouble, du yuan et peut-être d'autres monnaies nationales. Mais cette formule aurait pu inquiéter les épargnants et les investisseurs, du fait des manipulations dont elle pourrait être l'objet de la part notamment de Pékin et de Moscou. Les responsables du Brics considèrent aujourd'hui que cette monnaie serait beaucoup plus rassurante si elle était convertible en or.

Pendant les deux derniers siècles, l'étalon-or avait été considéré comme la monnaie de référence. Il s'agissait du Gold Exchange Standard, organisation du système international des changes qui limite la conversion en or des monnaies pour la compensation des soldes de balances de paiement. En 1933, pour lutter contre la récession,Washington avait suspendu la convertibilité du dollar en or et créé de ce fait la Zone Dollar. Après différentes vicissitudes, celle-ci a été imposée à tous les alliés et partenaires des Etats-Unis. C'est précisément pour sortir de celle-ci qu'un retour à l'étalon-or est envisagé par le Brics et l'OCS. Lors de la dernière réunion du Brics en septembre, Vladimir Poutine a indiqué qu'il soutenait totalement ce projet.

Mais ceci ne se fera pas par un simple retour à l'étalon-or. Ceci se fera par la mise en place d'un « pétro-Yuan » avec lequel la Chine évaluera ses opérations sur le marché pétrolier. Or celui-ci sera convertible en or. La Chine étant le plus important importateur mondial de pétrole, une zone dite pétro-yuan pourra aisément concurrencer le pétro-dollar. La Chine étant par ailleurs le premier producteur mondial d'or, elle pourra échapper à d'éventuelles manœuvres visant à agir sur la valeur de celui-ci en restreignant ou augmentant sa production.

Le Vénézuéla précurseur

Nicolas Maduro, président du Vénézuela, dont beaucoup prévoyait la chute du fait d'un soulèvement des classes supérieures vénézuéliennes armées par la CIA, voire d'une intervention militaire américaine, comme Trump l'avait laissé entendre, est toujours debout. Bien plus, il vient de passer à l'offensive contre le roi-dollar.

C'est en effet dans cette monnaie que sont cotées les ventes de pétrole et gaz vénézueliennes. Celles-ci avaient perdu beaucoup d'importance du fait de la baisse internationale du baril. Le brent était coté cet été aux environs de 50 dollars le baril soit moins de la moitié de ce qu'il valait dans ses heures glorieuses. Il paraît devoir remonter ces dernières semaines, mais le mouvement s'il se fait sera lent. Une grande partie des ressources du pays repose sur les exportations de pétrole. Ceci veut dire que des manipulations américaines intentionnelles du cours du dollar pouvaient fragiliser considérablement le gouvernement. Or elles étaient à craindre dans le cadre des sanctions décidées par Washington contre le régime.

Pour éviter ce risque, Maduro avait annoncé qu'il n'accepterait plus les paiements en dollars. L'euro avait été un moment envisagé, mais Caracas craignait que, vu la dépendance politique de Bruxelles à l'égard de Washington, les Européens appliquent eux-aussi des sanctions via l'euro. Aussi le 13 septembre dernier, le vice-président vénézuélien Tareck El Aissami avait annoncé que le pays exigerait des partenaires économiques du pays que les opérateurs utilisent un panier de devises excluant le dollar.

Le 15 septembre, le ministre du pétrole vénézuélien avait indiqué qu'en fait les cours des produits pétroliers seraient calculés en yuan. Il a par ailleurs annoncé que celui-ci s'établissait à 306,26 yuan le baril (306,26 petro-yuan), en hausse de 1,8 % par rapport à ceux de la semaine précédente.

Dans la perspective évoquée plus haut d'une future monnaie commune eurasiatique, le ralliement du Vénézuela devrait aller de soit. La Russie jouant un rôle important dans la survie du régime vénézuélien, elle y inciterait certainement Vu que les réserves pétrolières vénézueliennes seraient les plus importantes du monde, le petro-dollar et par conséquent le dollar, verraient leur domination mondiale quelque peu ébranlée. Il est très possible que les pétro-monarchies du Golfe décident de rejoindre le Vénézuela.

Conséquences pour l'eurozone

La structuration d'une vaste zone Eurasiatique, dotée non seulement d'une monnaie commune mais de politiques d'investissements coordonnées devrait rendre impérative pour les Etats européens utilisateurs de l'euro la transformation de l'eurozone en véritable Etat fédéral, capable de faire équilibre à la nouvelle Eurasie. C'est semble-t-il une perspective évoquée timidement par Emmanuel Macron et contredite explicitement par Jean-Claude Juncker dans son dernier discours sur l'état de l'Union. Ce devrait être également une raison incitant les Etats européens non utilisateurs de l'euro (Grande Bretagne exceptée) à rejoindre l'eurozone.

Il faudra évidemment aussi que cette Europe renforcée soit capable de s'affranchir une fois et pour toutes du contrôle américain. Sinon l'eurozone deviendra plus encore qu'actuellement une annexe de la zone dollar. On peut craindre que vu le poids des intérêts financiers et économique pesant sur l'Europe, ceci ne se fasse pas.

PS. Un de nos amis, expert en matière de change, nous écrit

Je ne suis pas convaincu de la possibilité d'une nouvelle devise indexée sur l'or, à taux fixe: cela risque d'entraîner une gigantesque spéculation pour casser l'indexation fixe, sachant qu'aujourd'hui toutes les grandes devises librement traitées sur le marché des changes (et dont le yuan ne fait pas partie) sont librement convertibles en or, sur la base du cours du marché, en dollar/once. Le yuan, pour l'instant, reste lui une monnaie non librement convertible et à parité quasi-fixe contre dollar.

La création d'une nouvelle devise incluant le yuan suppose au départ que le yuan soit librement convertible, ce que les autorités chinoises refusent à juste titre aujourd'hui, pour ne pas être l'objet d'une éventuelle attaque sur le marché des changes. Mais leur position peut changer, auquel cas le yuan pourrait devenir la 4e "méga-devise", après le dollar, l'euro et le yen.

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